Les jeunes généralistes touchés de plein fouet par la crise

Paris, le 19 mai 2020. Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, les médecins généralistes sont en première ligne et insuffisamment protégés. Ils ont très rapidement réorganisé les soins ambulatoires pour pouvoir recevoir à la fois les patients suspects d’être atteints du Covid-19 et les autres, que ce soit au moyen d’aménagement de leurs locaux, de plages horaires spécifiques, mais aussi par la mise en place de téléconsultations… Le tout en s’adaptant régulièrement aux dernières recommandations. Pourtant, l’activité et les revenus des médecins libéraux ont été fortement touchés par cette pandémie. Entre le 24 avril et le 9 mai, ReAGJIR, le syndicat représentatif des jeunes généralistes (remplaçants, installés depuis moins de 5 ans et chefs de clinique), a réalisé un sondage pour en mesurer l’impact financier. Diffusé largement auprès des jeunes médecins généralistes, il a finalement recueilli 1 375 réponses exploitables. ReAGJIR revient sur les conséquences financières de cette crise.

Remplacements annulés, remplaçants précarisés

Tout d’abord, le sondage révèle que 68,3% des répondants remplaçants avec un remplacement prévu en mars et/ou avril ont vu au moins un remplacement annulé, dont plus de la moitié (53,6%) alors qu’ils avaient pourtant déjà signé un contrat avec leur remplacé. 42,1% des remplaçants sondés ont même eu au moins 2 remplacements annulés.

« Ces chiffres inquiétants sont révélateurs de la précarité du statut de remplaçant et du peu de considération qu’on lui porte. », déplore Laure Dominjon, Présidente de ReAGJIR. « Et plusieurs font part en commentaires de leur inquiétude de voir ces annulations se poursuivre encore pendant plusieurs mois. »

Libéraux tous touchés, installés comme remplaçants

D’après le sondage, ils sont autant de généralistes installés que de généralistes remplaçants à être impactés par la crise du Covid-19, et ce à hauteur de 92,4%. Sur 1 366 répondants, cet impact a été mesuré sur les mois de mars et avril. Il représente une perte moyenne de chiffre d’affaires de -41,4% en mars et -53,7% en avril chez les remplaçants1, et une perte moyenne de chiffre d’affaires de -35,6% en mars et -45,6% en avril chez les installés. Cette perte de chiffre d’affaires, tous libéraux confondus, est en moyenne de -40% en mars et -52% en avril.

« Ces chiffres révèlent l’impact concret de cette crise sur les revenus des médecins libéraux. Ils sont tous concernés et cela est sans doute en partie lié au fort renoncement aux soins constaté pendant le confinement. », commente Laure Dominjon.

Aides méconnues, peu sollicitées

Que ce soit en mars ou en avril, les répondants au sondage sont nombreux à ne pas avoir eu recours au Fonds de Solidarité car ils ne connaissaient pas cette aide ou ne pensaient pas être éligibles : ils sont pourtant 52,4% dont le chiffre d’affaires avait baissé en mars de plus de 50%, et 72,6% en avril. La Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France (CARMF) a elle aussi été très peu sollicitée, par seulement 2,6% des répondants y cotisant en mars et 4,3% en avril. Plus de 60% des répondants éligibles qui n’ont rien demandé ignoraient l’existence de cette aide (report de cotisations, Fonds d’Action Sociale). Sur l’ensemble des répondants seulement 31 personnes ont sollicité leur prévoyance et ils sont 147 à avoir indiqué ne pas avoir de prévoyance du tout, soit 10,4% des répondants. Et donnée peu réjouissante, 31% des répondants jugent leur avenir incertain voire inquiétant.

« Nous voyons bien, à la lumière de ces chiffres, qu’il y a une forte méconnaissance des aides disponibles, que ce soit pour les remplaçants ou les installés. Et le problème va plus loin : si le 29 avril, la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) a arrêté son calcul des aides à destination « des professionnels de santé libéraux conventionnés en perte d’activité », cette aide est inadaptée aux jeunes installés (le calcul est clairement à leur désavantage) et elle exclut en plus totalement les remplaçants. Ces aides sont le reflet d’un système inégalitaire où il vaut mieux être médecin installé de longue date que jeune installé ou remplaçant. Il y a peut-être différents niveaux de médecins ? », s’étonne Laure Dominjon. « Autre problème appuyé par ce sondage : trop de remplaçants n’ont pas de prévoyance, ce qui est dangereux pour eux compte tenu de leur précarité. »

ReAGJIR regrette que les remplaçants soient encore et toujours les grands oubliés de la crise. « Bien qu’indispensables à la permanence des soins et au bon fonctionnement de notre système de santé, ils restent exclus de la majorité des aides. Avec une faible protection sociale, des revenus irréguliers, peu ou pas de trésorerie d’avance, leur situation est déjà compliquée. Si on ajoute à cela les annulations de contrats, la perte conséquente de revenus et la méconnaissance ou l’inéligibilité à la majorité des aides, il leur reste peu de recours. Nous leur recommandons de se tourner vers tous les leviers possibles selon leur statut : Fonds de Solidarité, URSSAF, CARMF, CNOM, banque, assurance… Nous souhaitions réaliser ce sondage pour avancer, à la lecture de ces chiffres, ensemble sur une meilleure indemnisation de la perte d’activité, adaptée à tous les médecins libéraux», conclut Laure Dominjon.

A propos de ReAGJIR – www.reagjir.fr

ReAGJIR est le Regroupement Autonome des Généralistes Jeunes Installés et Remplaçants en France. Créé en janvier 2008, ce syndicat regroupe et représente les remplaçants en médecine générale, les médecins généralistes installés depuis moins de 5 ans et les jeunes universitaires de médecine générale (chefs de clinique, maîtres de stage des universités, enseignants de médecine générale). Fédération de syndicats régionaux, la structure accompagne et défend l’exercice du métier par ces trois types de professionnels et milite pour la construction d’un système de santé à l’image des jeunes généralistes : innovant, collaboratif, humain et solidaire.

ReAGJIR C/O Collège de la Médecine Générale 6 place Tristan Bernard 75017 PARIS

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1 Sachant que les remplaçants ont souvent un décalage entre le chiffre d’affaires encaissé et les actes effectués le même mois.